TechnoRadar du RCIP : Printemps 2014

mars 2014

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Chaque saison, nous mettons en lumière des technologies prometteuses, émergentes ou éprouvées qui sont utilisées pour et par les musées. Comptez sur nous, les tendances sont dans notre mire.

Numéros précédents :
Hiver 2014; Automne 2013; Printemps 2013; Hiver 2013; Automne 2012

Égoportrait du musée

L’utilisation de la technologie dans les musées ne devrait pas être compliquée. En effet, une des solutions saute littéralement aux yeux.

En novembre, les dictionnaires Oxford ont déclaré le « selfie » (ou égoportrait en français) mot de l’année 2013. Il s’agit, selon la définition des dictionnaires Oxford, d’une photographie qu’une personne prend d’elle-même à l’aide d’un téléphone intelligent ou d’une caméra Web, et qu’elle téléverse dans le site Internet d’un média social. Cette tendance a explosé dans le monde en 2013, tout le monde – des vedettes au Pape – se met au selfie. Sur le site de partage de photos Instagram, plus de 60 millions d’images sont étiquetées comme des selfies. On ne s’étonnera sans doute pas de constater que la tendance est plus marquée chez les jeunes.

Les possibilités que les selfies offrent aux musées commencent à soulever de l’intérêt. Par exemple, le site du Club Innovation et Culture France a récemment consacré un long article à une discussion en profondeur sur le phénomène. Les musées sont de plus en plus nombreux à se rendre compte que le selfie leur offre la possibilité de se rapprocher de leurs clients. Nombreux sont ceux qui, comme le Musée canadien de la Guerre froide, encouragent leurs visiteurs à prendre des selfies : le Diefenbunker est l’endroit idéal pour prendre un selfie dans un musée. D’autres vont un peu plus loin et créent des campagnes de marketing à l’aide de selfies. Le North Carolina Art Museum dispose, par exemple, d’une page Pinterest intitulée Mirror Self-Portrait (autoportrait au miroir) pour encourager les visiteurs à faire preuve de créativité dans les selfies qu’ils prennent devant l’architecture unique de la façade du musée.

La popularité des selfies dans les musées est démontrée par le fait que le 22 janvier a été nommé première journée du selfie au musée (journée #MuseumSelfie) dans le cadre d’une campagne Twitter destinée à faire découvrir les remarquables collections de musées du monde entier. Plusieurs musées canadiens y ont pris part, notamment le Maritime Museum of BC, le Royal Ontario Museum, ou encore le Musée national des beaux-arts du Québec. Il suffit de regarder des images comme celle-ci, prise au Nova Scotia Museum, pour voir qu’il s’agit d’un bon moyen de faire interagir les visiteurs avec ce qui les entoure.

Selfie d'une femme devant un scaphandre

Selfie pris au Maritime Museum of BC

Selfie d'une femme qui se tient devant un dragon sculpté et imite la façon dont le dragon tire la langue

Selfie pris au Musée national des beaux-arts du Québec

Selfie d'une femme ayant un air choqué et portant un bébé, les deux étant encadrées par le squelette de la mâchoire d'un requin

Selfie pris au Nova Scotia Museum

Les selfies pris dans les musées peuvent cependant servir à d’autres fins que la promotion. La National Gallery of Art de Washington mise sur l’obsession des jeunes pour les selfies dans le but d’éveilleur leur intérêt pour les collections du musée. Ce programme, qui vise surtout les jeunes ne participant pas à une visite guidée, allie les méthodes traditionnelles avec les nouvelles technologies. Le guide des collections imprimé indique clairement que le musée encourage cette pratique, et suggère des endroits qui s’y prêteraient.

Les visiteurs sont invités à prendre une photo d’eux en train de poser comme les personnages d’une toile de Picasso, à décrire l’art de Van Gogh en 140 caractères, et à parler des peintures qu’ils voient avec leurs amis. En incitant les jeunes à publier leurs réflexions et leurs photos sur les réseaux sociaux, le programme cherche à les désinhiber relativement à l’art, ainsi qu’à les encourager à revenir plus souvent et à établir une relation à long terme avec le musée.

Il ne s’agit plus simplement d’imprimer en 3D

On parle beaucoup ces derniers temps de l’impression tridimensionnelle. Il faut cependant rappeler que les établissements patrimoniaux peuvent utiliser la 3D pour autre chose que l’impression.

Comme le RCIP l’a fait remarquer, le Smithsonian a par exemple numérisé un grand nombre de ses artéfacts en 3D. Le musée est même allé plus loin en lançant son Smithsonian x3D Explorer. Si ce périphérique permettra un jour d’imprimer les artéfacts en 3D, il offre également d’autres caractéristiques qui permettront à l’utilisateur d’interagir avec les objets numériques dans un navigateur Web. Les objets proposés comprennent le Wright Flyer, l’image de débris d’une supernova, des fossiles de baleines, des statues de Boudha et des masques d’Abraham Lincoln.

Le périphérique permet de faire pivoter les objets, d’obtenir des mesures précises entre différents points et d’ajuster la couleur et l’éclairage. Il comprend également un volet narration, qui propose des visites guidées des modèles créés par le musée. Les enseignants et autres éducateurs peuvent utiliser ces données pour créer des modèles tridimensionnaux à montrer à leur classe, et interagir différemment avec les objets du musée Smithsonian.

Image tridimensionnelle d'une veste d'aviatrice en cuir

Image de la veste d'aviatrice d'Amelia Earhart générée par le Smithsonian x3D

CyArk utilise la 3D de manière complètement différente pour préserver le patrimoine. Cet organisme sans but lucratif utilise la 3D pour recréer virtuellement par balayage laser des sites du patrimoine culturel menacés, et ce, gratuitement. Jusqu’à présent, CyArk a numérisé 100 monuments, et espère en préserver 500. Une grande partie des bâtiments numérisés sont connus dans le monde entier, comme le Parthénon, mais il y a aussi des lieux plus modestes, comme les ruines des refuges des explorateurs de l’Arctique datant du XIXe siècle à Fort Conger, dans le nord du Canada, qui devrait bientôt faire l’objet d’une exposition virtuelle sur le Musée virtuel du Canada du RCIP. L’utilité de ce type d’archives en 3D a été prouvée lorsque Sungnyemun, une porte datant du XIVe siècle à Séoul, en Corée du Sud, a pu être reconstruite grâce à la documentation de CyArk après avoir été détruite par les flammes.

Image numérique de couleurs vives d'un refuge en bois décrépi utilisé par les explorateurs de l'Arctique

Nuage de points tridimensionnel du refuge d'Henson, l'une des structures de Fort Conger balayée en 3D par CyArk

La 3D bientôt sur un téléphone

Les imprimantes 3D ne sont pas les seules à devenir de plus en plus abordables; c’est aussi le cas du balayage tridimensionnel. En Suisse, des scientifiques ont mis au point une application qui permet de modéliser en 3D des objets du monde réel. Le logiciel est simple à utiliser : il suffit que l’utilisateur déplace l’appareil autour de l’objet pour que l’application saisisse des points de données. Le plus impressionnant, c’est que l’application utilise la capacité interne d’un téléphone intelligent pour générer un modèle 3D en temps réel, plutôt que de télécharger les données vers un ordinateur aux fins de compilation ultérieure. Le niveau de détail ne dépend que du temps que l’utilisateur passe à balayer l’objet.

Un téléphone mobile est utilisé pour balayer une statue

Application de balayage tridimensionnel pour appareils mobiles

Un tout petit musée numérique

Pour terminer, le cas de Pecica, en Roumanie, nous montre que la numérisation des musées n’est pas réservée qu’aux grandes villes. Cette petite ville de 11 000 citoyens, autrefois plus connue pour ses importantes fouilles archéologiques et son patrimoine de boulangerie, a créé ce qui pourrait bien être le premier musée entièrement numérique du monde (ou du moins, de la Roumanie). Grâce aux toutes dernières technologies tridimensionnelles, le visiteur peut explorer différents musées et découvrir des artéfacts du monde entier.

Le seul artéfact physique est un four à pain fabriqué il y a 250 ans (en hommage à la tradition de la boulangerie); tout le reste est numérique. Le niveau de détail du musée rappelle le vieil adage selon lequel c’est dans les petits pots qu’on trouve les meilleurs onguents. La technologie numérique permet au musée de présenter des expositions numériques du monde entier, qui occuperaient, en temps normal, des milliers de mètres carrés, dans un espace d’à peine 125 m2, dont la construction n’a coûté que 160 500 $ US.

Intérieur d'un musée futuriste, où l'on peut voir d'importantes expositions numériques et un four à pain fabriqué il y a 250 ans

Intérieur du musée numérique de Pecica

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